Itw Laché Chivé
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posté le 16/05/2012

T.S : Bonjour les amis c’est la seconde interview que l’on vous accorde. Comment allez-vous ? S.S : Très bien Elie, merci à Toujours Soolid de rester à l’écoute !

T.S : En 2012 vous revenez avec un nouveau projet…On vient de voir le clip Maré Patjé-w…. S.S : Oui, c’est le 2e clip extrait de notre nouveau projet ‘Laché Chivé Kréasyon’, qui sort en digital la semaine prochaine (iTunes, etc.). Après notre 1er album ‘Chimen Chien’ en 2009, on a voulu partir encore dans une nouvelle direction, développer un son hiphop kréyòl original. On a réuni tout un collectif d’artistes ‘Laché Chivé’ avec pour seule consigne se faire plaisir, créer librement. On retrouve en plus de nous deux des habitués, Alphaaz, Sista Jahan et DJ Tony Blanck, et aussi Epilepse et Alik, deux MC’s du Morne Rouge qui forment avec Mali le groupe Rass é Rassin’. Tous les instrus sont de EDS., qui a parfois travaillé avec d’autres musiciens pour enrichir les compositions. En 2004, on avait sorti un disque « Bèf douvan Bwè dlo Kè », qui s’inspirait du même principe libre dans la création. Mais disons que celui-ci est un peu plus abouti.

T.S : Aux vues des images vous vous intéressez à plusieurs sujets similaires… S.S : « Awmé kò-w, jou-la yo ké pwan-w yo pé ké kité-w maré patjé-w ». On l’a écrit avec Sista Jahan et Celcius, un peu comme un proverbe créole qui s’appliquerait à plusieurs situations, en lien avec l’actualité et le quotidien : les expulsions d’immigrés où la police va chercher des enfants jusque dans les écoles, le risque de perdre son boulot, sa maison, du jour au lendemain. Sans même porter de jugement sur ces faits, ce que tu croyais acquis peut t’être repris à tout moment. C’est une invitation à rester véyatif comme on dit chez nous…

T.S : Le style musical c’est un genre de fusion de styles ….Pourquoi cette approche ? S.S : Ce n’était pas vraiment prémédité. On a tout créé en même temps, le beat, le refrain, les lyrics, ensemble en une nuit. Ça a rapidement pris ce côté hommage au chant traditionnel avec les répondè. On l’a souligné par la suite avec tibwa, chacha, et la basse qui ont été joués. Au final on ne rappe pratiquement pas sur le morceau, c’est aussi ça le concept ‘Laché Chivé’ : le morceau sort comme il vient. C’est une approche qui ressemble beaucoup à Sked Skwad, on aime mélanger les couleurs musicales. Avec les sensibilités artistiques de Celcius et Sista Jahan plus les nôtres, au final ce morceau est un peu à notre image. Mais les titres de l’album partent dans des directions très différentes, selon qu’on sample du latin jazz, du konpa, de la batucada, etc.

T.S : L’expression « Laché Chivé » vous tient à cœur … S.S : Oui, il y avait déjà le titre ‘Pa ni Tem (Laché Chivé)’ sur notre album ‘Chimen Chien’, qui parlait du manque de naturel des gens en soirée… ‘Laché Chivé Kréasyon’, ça évoque la liberté, l’idée de s’affranchir des formats, rester soi-même, original. Ne pas vivre en fonction des autres ou de ce qu’on attend de toi. Elle résume très bien notre manière d’aborder la musique et c’est pour cela qu’on a souhaité nommer notre label ainsi.

T.S : On constate qu’une programmation de live est prévue. Vous ne perdez pas de temps… S.S : Oui, Laché Chivé sera en concert Vendredi 25 mai à la Chapelle des Lombards à Paris (Bastille) ! Avec le groupe guadeloupéen Bôkaz en 1ère partie, et un stand-expo original de l’association artistique Lyann’Art, qui a conçu le visuel de l’album. Les préventes sont à prendre à la fnac pour les franciliens !
La scène c’est le prolongement même du projet : faire vivre le Hiphop Kréyòl, faire découvrir à ceux qui ne connaissent pas, en mélangeant nos beats avec des musiciens de grande qualité (Manuel Mondésir, Frantz Laurac, Boris Reine-Adelaide, DJ Tony Blanck).

T.S : Avec le recul quelles erreurs vous ne faites concernant le lancement d’un nouveau projet musical ? S.S : Bonne question. Nous n’avons pas encore trouvé la formule secrète… Notre démarche est simple : on fait la musique qu’on aime, qu’on a envie de faire, et on voit jusqu’où on peut l’emmener. Pas l’inverse. La musique est un domaine déjà suffisamment ingrat, si en plus on devait s’user à se formater dans l’espoir d’un succès, autant arrêter. Par contre, il est important que les gens comprennent ta démarche, surtout si tu ne joues pas sur un créneau déjà rodé : zouk saucisson, ragga bootyshake, rap gangsta… Pour nous ça passe par la scène, les clips, ce genre d’interview. Et les quelques médias qui suivront. Que les gens entrevoient d’abord notre univers avant d’y entrer, et cela prend plus de temps. Aujourd’hui, faire de la musique c’est avant tout prendre des risques. Donc la démarche se doit d’être réfléchie, mais cela ne doit pas se faire au détriment du projet lui-même et de son originalité.

T.S : A votre niveau il s’agit d’une vraie production indépendante. Quels sont les avantages et les inconvénients de ce fonctionnement ? S.S : Je crois qu’il n’y a qu’un seul avantage : tu fais ce que tu veux. Mais bon, ce n’est pas comme si nous avions le choix : on ne singe pas Lil’Wayne ou Vybz Kartel, on ne rappe pas sur les derniers sons de Drake ou Rick Ross, et on ne fait pas non plus du reggae ou du slam. On fait du rap créole : soit nous faisons nous-mêmes, soit rien ne se fait. Les inconvénients sont plus liés au positionnement artistique qu’aux moyens de la production, selon moi. C’est sûr qu’en termes d’accès aux médias, aux grosses scènes, on est plus limité. Mais nous avons la chance de travailler avec des personnes de grande qualité dans différents domaines, et chaque réalisation a d’autant plus de saveur pour nous. Je pense par exemple au fait d’avoir placé notre titre ‘Rue Zizine et Desétages’ dans la musique du film ‘30° Couleur’ de Lucien Jean-Baptiste, ou d’avoir joué avec Dédé Saint-Prix, Edmond Mondésir et Lékòl Bèlè Paris à notre concert de septembre 2010 à la Chapelle des Lombards.

On essaie de proposer un produit de la meilleure qualité possible, que ce soit le mixage, le mastering, la pochette, les clips, les compositions, la scène. Pas de concessions sous prétexte d’être une petite production, et se concentrer sur des projets aboutis. Après la décision revient au public.

T.S : Wally à la réalisation du dernier clip, vous fonctionnez avec la même équipe on dirait… S.S : Oui, C’est aussi un choix de travailler avec des gens qui adhèrent, comprennent et partagent notre vision des choses, mais qui sauront aussi nous dirent quand ça leur parle moins. C’est lui qui a réalisé tous nos clips depuis notre album. Dès le départ il a su matérialiser les idées qu’on avait en tête et les amener plus loin. Et en plus on sait qu’il ne sera pas malheureux si on ne lui demande pas de filmer des filles en slip qui boivent du champagne dans une piscine…

T.S : Ce nouvel opus est toujours dans la lignée du style Sked Skwad, c’est-à-dire engagé !!! S.S : On ne se définit pas comme un groupe engagé, mais plutôt sincère et naturel. Quand on écrit on cherche avant tout à toucher les gens et capter leur attention, que ce soit par la forme ou par le fond. Mais si la forme nous tient à cœur, notamment parce que le rap est exercice de style, le fond est aussi souvent une manière de marquer sa personnalité. Sur ‘Chimen Chien’, on parlait de tout ce qui nous touche. Sur ‘Laché Chivé Kréasyon’, le processus est très différent : comme je te disais pour ‘Maré Patjé-w’, on s’est laissé guider par la musique, pour garder le maximum d’énergie et de spontanéité. Après on retrouve toujours un regard critique, même avec humour, sur des sujets aussi variés que l’identité créole, ou les gens qui « grillent » en soirée mais peuvent mettre 100 euros dans une bouteille de champagne…

T.S : Vous avez prévu un passage en Martinique pour présenter votre nouvel album ? S.S : Pour l’instant rien de précis. D’une manière ou d’une autre, on passe en Martinique chaque année, donc nous restons ouverts à toute proposition ! D’autant que beaucoup d’invités de l’album y résident, ça pourrait faire un bon show…

T.S : Vous collaborez avec qui sur cet album ? S.S : C’est vraiment un projet collectif, car on voulait présenter la force de frappe que peut avoir le hiphop kréyòl en Martinique. En plus des membres de Laché Chivé, je citerai en vrac : Boogie Flaha, Neg Madnick, Simone, Neg Lyrical, Celcius, Sinké, Will Azaan (du groupe Urban Twoubadoo), Simple Fx, Mado, Kool Saze, Lightson sur le bonus iTunes, pour les musiciens Manuel Mondésir, MangoSoul, Willy Joseph-Noël, Da-Rick, PaPaJak… Et Lyann’Art pour le visuel.

T.S : Eh bien bon « lachage de cheveu » hein …Et à bientôt. S.S : « Lâchage de cheveux » qui ne peut se faire sans vous ;-). N’hésitez pas à nous rejoindre sur"http://www.facebook.com/skedskwad" et partager nos vidéos.

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